• MARIE DUCATÉ, LA PEINTURE SUR SOIE
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    MARIE DUCATÉ, LA PEINTURE SUR SOIE

    Exposées à la galerie art-cade et au salon L’autoportrait, les dernières oeuvres de Marie Ducaté mêlent joyeusement les techniques et les genres. Peinture sur soie ou calque, peinture-sculpture ou peinture-vêtement, l’artiste se joue des modes et des étiquettes.

    Le 30 juin 2016, à l’occasion du vernissage des dernières oeuvres de Marie Ducaté, la galerie art-cade était le théâtre d’un défilé de mode étonnant. Sept jeunes filles, vêtues de voiles de soie chamarrés, aux inspirations marines et végétales, ont présenté au public le fruit de leur collaboration avec l’artiste. Robe-caftan pour Niyati, blouson-capuche et pantacourt pour Alyssa, caraco et jupe plissée pour Ornella… La vente aux enchères, le soir même, des vêtements ou accessoires peints par Marie Ducaté et cousus de leurs propres mains, va leur permettre de s’offrir un voyage à Paris, Milan ou une autre capitale de la mode. Ce beau projet, élaboré par Marie Ducaté, la créatrice My-Linh Mary qui a dessiné les vêtements et Alexandrine Bardissa, professeure d’arts appliqués au lycée Saint-Louis, aura permis à dix élèves de terminale de la section « Métiers de la mode et du vêtement » de découvrir dans le même temps l’art contemporain, la haute couture et le travail de la soie. La joie et la fierté, qui se lisaient sur leur visage le soir du défilé, laissent imaginer que cette aventure leur a apporté bien plus encore. Modeste et enthousiaste, Marie Ducaté se réjouit de cette « chaîne d’amitié », dans laquelle s’inscrivent également la chorégraphe Nathalie Touaty, Guy-André Lagesse, le créateur de la bande-son, la bottière Anne Svoboda, les coiffeurs de L’autoportrait… Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car il est encore temps d’aller voir les deux expositions Marie Ducaté : Le Bien-aller à la galerie art-cade et Sur la tête de ma mère, à quelques centaines de mètres de là, dans le « salon d’art-galerie de coiffure » L’autoportrait.

    « L’aquarelle puissance dix »
    La première présente une série de sculptures, composées de soies peintes et de volumes réalisés en papier calque, tantôt figuratifs (une chaise, une table, un porte-serviette…) tantôt géométriques. Des formes hybrides, jouant avec humour, des couleurs et des contrastes – entre le blanc et les tons acidulés, les drapés et les angles… Il y a du trompe-l’oeil et de la jubilation dans ce jeu où la peinture sur soie fréquente l’abstraction géométrique et le baroque le minimalisme. Comme Picasso, Marie Ducaté ne méprise pas les techniques dites artisanales, elle s’en empare ! « La peinture sur soie, c’est de l’aquarelle puissance dix ! », déclare-t-elle. Même révélation de la couleur, mêmes difficultés aussi pour le peintre. Cette pratique de la peinture sans filet, frayant avec les accidents, n’est pas nouvelle dans l’oeuvre de Marie Ducaté. La céramique, le verre, le textile… et leurs contraintes ne lui font pas peur, au contraire : « Tout ce que je fais, je le fais en tant que peintre. (…) Je suis définitivement amoureuse de la peinture ». Pour mieux cerner sa démarche artistique, il convient de rappeler aussi la devise qu’elle applique depuis trente ans : « Pousser les frontières et casser les préjugés ». Un projet à la fois éthique et esthétique donc, à l’oeuvre aussi bien dans sa collaboration avec les élèves du Lycée Saint-Louis que dans cette double exposition. N’en déplaise aux puristes, les dernières peintures de Marie Ducaté, sur soie ou calque, ont l’apparence d’étoles ou de couvre-chefs ! Elle expose en effet à L’autoportrait de drôles de sculptures « de calque peint, plié et froissé en relation avec la tête, le chapeau, le ruban, l’accessoire, le cheveu, en hommage à ma mère qui était toujours bien coiffée et portait d’adorables bibis ». Dans ce salon, ouvert depuis trois ans, Ève Renoult et Balthazar Daninos, respectivement coiffeuse et metteur en scène de théâtre d’objet, invitent régulièrement des artistes à « composer leur autoportrait » : « On choisit souvent des artistes au parcours atypique, ils ont carte blanche et nous nous adaptons à leur dispositif. » Avec cette chevelure en calque multicolore installée dans la vitrine, ces chapeaux-sculptures en forme de bouquet de sucettes, toque ou couronne, Marie Ducaté livre un autoportrait sensible et féminin, féministe aussi. « Ma mère m’a appris le raffinement. Quand elle allait à des mariages, elle portait des chapeaux extraordinaires, jamais vulgaires. En fabriquant ces chapeaux insensés, je pensais aussi aux Anglaises qui assistent aux courses à Ascot, leur originalité… », dit-elle. Et de s’émerveiller de la capacité des femmes à « repousser depuis toujours les limites du convenable », à introduire de la fantaisie dans l’image que leur impose la société. Un art contemporain solidaire des pratiques artisanales et populaires, s’inscrivant avec humour et modestie dans un héritage féminin, quoi de plus subversif ?

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