• VICTOR VASARELY, LE DERNIER MODERNE
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    VICTOR VASARELY, LE DERNIER MODERNE

    Multiplicité, une triple exposition partagée entre Aix-en-Provence, Gordes et Avignon, célèbre un double anniversaire : les cent dix ans de la naissance de Victor Vasarely et les quarante ans sa fondation. L’occasion d’une (re)découverte.

    Les images de Vasarely ont tellement fait partie du paysage urbain français depuis les années soixante-dix, qu’on finit presque par ne plus les voir ou, pire, par associer l’artiste aux seuls logo Renault et/ou panneaux Decaux. Son immense succès, à partir des années soixante, l’a certes enrichi et lui a permis de créer son « musée didactique » à Gordes, puis son « centre architectonique » à Aix-en-Provence, mais il a aussi brouillé en partie son message et son projet : un « art social » ou « art pour tous », destiné à construire « la cité polychrome du bonheur ». De quel oeil Vasarely verrait-il, aujourd’hui, la fortune de son oeuvre ? L’hommage que lui rendent aujourd’hui le musée Vouland, le château de Gordes et la fondation aixoise remet les pendules à l’heure et permet de réévaluer ses recherches dans les domaines de la peinture, des arts appliqués et de l’architecture.


    Père de l’Op art, Victor Vasarely n’a pas toujours été un peintre abstrait. L’exposition En mouvement, qui présente 150 de ses oeuvres au milieu des collections permanentes du musée Vouland, où dominent les arts décoratifs des XVIIe et XVIIIe siècles, permet de suivre le parcours de l’artiste, depuis sa formation au Mühely de Budapest, en 1928-1929, jusqu’aux années quatre-vingt. Dans cette école d’avant-garde, version hongroise du Bauhaus, le jeune homme s’initie très tôt à une conception moderniste de l’art, refusant la hiérarchie entre les disciplines et cherchant à s’adresser au plus grand nombre. Devenu graphiste après son installation à Paris en 1930, il poursuit parallèlement des recherches picturales qui l’emmèneront vers une abstraction de plus en plus radicale, tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur. La découverte de la région n’est pas étrangère à l’évolution de sa peinture. « J’ai reçu un choc magistral dans ce midi étourdissant », déclarait-il en 1948. « Que cela soit à l’Abbaye de Sénanque ou dans la plus humble des demeures à Gordes, un petit fenestron carré, ouvert dans un grand mur, diffuse tant de lumière… Cette même ouverture, vue de l’extérieur, se métamorphose en un cube immatériel noir, insondable… » Cette année-là, Vasarely achète une bergerie à Gordes. Il y passera tous les étés jusqu’à la fin de sa vie et installera, en 1970, son musée didactique dans le château du village, après avoir financé sa restauration.

    Fermé en 1996, ce dernier renoue avec Vasarely en accueillant le deuxième volet de Mutiplicité : L’Alphabet plastique. Y sont présentées des oeuvres nées de la combinaison de ce qu’il appelle les « unités plastiques » : des carrés dans lesquels s’inscrivent des formes géométriques et qui peuvent s’associer à l’infini, comme les éléments d’un langage universel. Les applications de ce langage ne se limitent pas au cadre de la toile. Dans la même période, Vasarely cherche à étendre son champ d’action à l’architecture et l’urbanisme. La fondation Vasarely, baptisée à l’origine « centre architectonique », est la concrétisation de ce rêve. Inauguré en 1976, sur un terrain vendu 1 franc symbolique par la ville d’Aix, le bâtiment a été entièrement pensé par Vasarely et construit à ses frais. Constitué de 16 hexagones juxtaposés, il présente lors de son ouverture, outre les 44 intégrations architectoniques, près de 800 études originales de Vasarely sur l’art et la cité. Conçu comme un laboratoire et non un musée, il était destiné à accueillir des architectes, plasticiens et chercheurs pour penser une ville meilleure. Aujourd’hui, alors que les restaurations de la fondation avancent à petit pas, le troisième volet de l’exposition, intitulé L’Art pour tous revient sur les grands projets de Vasarely. À l’étage, Irisations, une exposition organisée par Seconde Nature, structure à la pointe des arts numériques, vient compléter l’hommage rendu par Pierre Vasarely à son grand-père. Une manière de montrer que la fondation poursuit son rêve.

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