• CAMOIN, ET LA LUMIÈRE FUT
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    CAMOIN, ET LA LUMIÈRE FUT

    Admirateur et ami de Cézanne, compagnon de route de Matisse et de Marquet, Charles Camoin a produit tout au long de sa vie une oeuvre sensuelle, colorée et lumineuse, en marge des mouvements et des académismes. Le musée Granet lui rend un bel hommage.

    Débutée à Marseille en 1879 et achevée quatre-vingt six ans plus tard à Paris, la longue vie artistique de Charles Camoin n’aura eu de cesse de dresser des passerelles, entre la modernité du Nord et la sensualité du Sud, mais aussi entre les époques : Cézanne, Renoir, Delacroix, les impressionnistes en héritage et la génération de ses amis fauves. Au musée Granet, l’accrochage des 90 peintures et 40 dessins, aquarelles et pastels de l’artiste, conçu par l’historienne d’art Claudine Grammont et le conservateur en chef Bruno Ely, est chronologique. Il évoque, en sept périodes, les étapes fondamentales du parcours de Camoin : sa formation dans l’atelier de Gustave Moreau aux Beaux-arts de Paris, quand à dix-huit ans, il se lie avec Henri Matisse, Henri Manguin et Albert Marquet ; sa rencontre et son amitié avec Cézanne à l’occasion de son service militaire à Aix-en-Provence ; les premières expositions dans les salons parisiens et la naissance du fauvisme ; les premiers succès ; sa liaison avec la peintre Émilie Charmy ; son séjour à Tanger avec Matisse sur les pas de Delacroix ; son mariage avec Charlotte Prost et son bonheur auprès d’elle et de la Méditerranée.


    Point de grandes allégories ou de prétentions solennelles chez Camoin. À l’instar de son maitre Cézanne, il peint sur le motif de nombreux paysages, naturels ou urbains (Le Collet rouge, campagne d’Aix ; Le Pont de Langlois à Arles), des portraits de ses amis peintres (Albert Marquet ; Émilie à son chevalet ; Albert Cézanne, portrait de paysan), ou des autoportraits, des nus (Nus aux bottines noires ; La Fille endormie), et des scènes de la vie quotidienne, dans des lieux publics (Saint-Tropez, la place des Lices ; Le Moulin Rouge aux fiacres) ou domestiques (Portrait de ma mère dans son salon ; Sur la terrasse à Valflor). La magie qui émane de ses oeuvres tient dans son traitement de la couleur, hérité de ses amis fauves, et surtout de la sensualité de sa lumière. Cette même lumière dont sa sensibilité s’est nourrie, tout au long de sa vie en Provence et sur les bords de la Méditerranée : « J’ai besoin du soleil, de la sensation irisée que procure le soleil. » La modestie et le traitement même de ses sujets révèlent sa nature, humble, simple, généreuse, son goût pour le bonheur ordinaire, et son talent à le représenter. Au fil de la visite, on ressent la vertueuse pertinence de ce fil biographique. Portrait en mouvement, l’exposition offre aussi une réflexion passionnante sur ce qui fonde, nourrit et fait évoluer une sensibilité artistique.

    Comment Camoin est-il devenu Camoin ? La biographie n’est pas ici un simple repère chronologique, elle révèle les évènements ayant favorisé son parcours de maîtres, des amitiés de jeunesse, des amours et des ruptures, sentimentales ou artistiques. On trouve ainsi dans chacune des salles, en relation avec les oeuvres de Camoin, des travaux de ses contemporains (Marquet, Matisse, Charmy, Manguin, Denis…), ou de maîtres tels que Cézanne. Une mise en perspective révélant les correspondances, les variations et les écarts dans les sujets comme dans les formes, permettant de mieux comprendre l’homme et l’oeuvre. En janvier 1898, Charles a dix-neuf ans quand son maitre Gustave Moreau annote une de ses études au crayon (Le Flutiste) d’un conseil laconique : « Soyez plus grave. » Heureusement pour nous, il n’y parvint jamais.

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