• FRANÇOISE PÉTROVITCH, LE RETOUR À LA PEINTURE
    Posted by
       views (252)
       0 Comments

    FRANÇOISE PÉTROVITCH, LE RETOUR À LA PEINTURE

    S’absenter : le titre que Françoise Pétrovitch a choisi de donner à son exposition au FRAC résonne curieusement quand on sait que, depuis quelques années, la carrière de l’artiste connaît une ascension certaine. Régulièrement exposée, présente dans de grandes collections publiques et privées, elle est – à cinquante-deux ans – largement reconnue, comme le confirme d’ailleurs la triple exposition qui lui est aujourd’hui consacrée dans la région. Que signifie donc, pour l’artiste, « s’absenter » ? À l’entendre, c’est une référence à l’attitude de ses personnages, qui semblent « se retirer », autant qu’aux « réserves, manques et blancs » dans ses toiles et dessins.

    Elle reconnaît par ailleurs que cette exposition marque son retour à la peinture, mais il est difficile d’en savoir plus. Françoise Pétrovitch n’est pas loquace, ses oeuvres non plus. Nancy Houston, en 2013, n’écrivait pas autre chose : « De ma vie, je crois, je n’ai jamais entendu un tel silence émaner de l’oeuvre d’un peintre. Silence proprement sidéral… » Et l’on a envie d’ajouter aujourd’hui : d’autant plus sidéral – et sidérant – que les formats de ses oeuvres se développent.

    Au FRAC, le visiteur est accueilli, à sa descente de l’escalier, par quatre lavis d’encre sur papier de 2,5 mètres de long de la série Étendu (2015-2016). Sur chacun d’eux figure un oiseau en vol, comme suspendu, au-dessus d’un corps allongé, de jeune homme ou femme, peint avec précision et réalisme sur un fond quasi monochrome. Des gisants ? Des adolescents endormis ? En train de rêver ? L’un des oiseaux fait exception, couché aux côtés d’une fille. Mort lui aussi ? Si les séries baptisées Nocturne et Les Oublis reviennent à des formats plus classiques, les grands portraits à l’huile sans tire ou issus de la série Verdure, exposés au FRAC et au château de Tarascon, mesurent jusqu’à trois mètres de long ou de haut. Ils ne sont pas plus « parlants » : le cadrage adopté par l’artiste prive la plupart des modèles du haut de leur visage et/ou de leur regard. L’Espace pour l’art, de son côté, présente deux Îles (2015 et 2016) : deux grands lavis dont le format et la technique rappellent les pièces du FRAC (où se trouve d’ailleurs une troisième Île).

    Renommée jusqu’ici pour ses dessins et ses céramiques aux formats modestes, Françoise Pétrovitch voit apparemment la peinture en grand. Les enfants qui peuplaient son univers ont, eux aussi, grandi. L’inquiétante étrangeté présente dans ses dessins et plus particulièrement dans ses vidéos, jouant sur la possibilité – sans cesse démentie – d’une narration, fait place à la toute-puissance de la forme, du médium et de la technique. La peinture ou l’encre s’expose en tant que telle : substance se diluant au contact de l’eau, matière, par contraste avec le papier ou la toile vierge. En choisissant de peindre – en grand – des adolescents, êtres en mutation et en devenir, Françoise Pétrovitch n’évoque-t-elle pas sa propre évolution ou son intention de quitter le monde de l’enfance auquel elle a longtemps été associée ? Une manière aussi, peut-être, de « s’absenter ».

Leave a Reply

* Name:
* E-mail: (Not Published)
   Website: (Site url withhttp://)
* Comment: